IRANIAN ELECTIONS

IN IRAN, THE ECONOMY AT THE CENTER OF THE PRESIDENTIAL ELECTION

Elections Iran : Le président sortant Hassan Rohani est candidat à sa succession. Malgré un bilan positif pour les entreprises, il n’est pas parvenu à résorber le chômage qui touche 30 % des jeunes.

C’est une règle toujours confirmée depuis la Révolution iranienne, en 1979. Les présidents, élus pour quatre ans, réalisent deux mandats à la tête de la République islamique. La présidentielle qui se tient vendredi 19 mai détournera-t-elle les rouages de cette mécanique bien rodée ?

Enjeu lourd de conséquences économiques déterminantes pour l’Iran, la question de la place qu’il doit occuper dans le monde oppose les deux favoris. Le président Hassan Rohani, 68 ans, a été élu en 2013 et candidate à sa propre succession. Il a cherché à tirer son pays d’un long isolement en signant l’accord sur le nucléaire, en juillet 2015. Convaincu que le salut économique de l’Iran passe par l’ouverture, ce pragmatique se propose de poursuivre sur sa lancée.

Face à lui, Ebrahim Raissi, conservateur de 56 ans. Il table sur les forces de la « grande nation iranienne » pour assurer l’avenir. Cet ancien procureur général est l’un des quatre juges religieux à avoir ordonné, en 1988, l’exécution de plus de 30 000 prisonniers politiques. Pour lui, se rapprocher de l’Occident revient à prendre de multiples risques, dont celui d’une « invasion culturelle » dangereuse pour les fondements même de la République islamique. Une victoire de ce proche du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, casserait la dynamique prudente mais nette que Hassan Rohani a imprimée ces quatre dernières années.

Mohammad-Reza Djalili est professeur émérite à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève. Il prévient : « Si un conservateur comme Raissi était élu, le minimum d’équilibre politique qui existe dans le pays serait mis à mal. Toutes les structures étatiques sont entre les mains des conservateurs. »

Les libertés individuelles n’ont pas évolué

Du même coup, le fossé entre le régime et la population, « de fait tournée vers l’extérieur » d’après Mohammad-Reza Djalili, risquerait de s’accroître. « La fermeture culturelle est un combat perdu d’avance, ajoute le spécialiste. Les Iraniens ont une double vie, ils vivent autrement dedans que dehors et s’en lassent. » Les libertés individuelles n’ont pas progressé avec Hassan Rohani. Mais il se montre plus enclin à les faire évoluer. Contrairement aux conservateurs, dont il a critiqué pendant la campagne la « logique d’interdiction ».

L’élection d’Ebrahim Raissi pourrait aussi jeter le discrédit sur le scrutin. « En raison de la proximité qu’on lui attribue avec le guide, la population en grande partie est persuadée que s’il passe, c’est qu’il y aura eu quelque chose de frauduleux », indique Amélie M. Chelly, chercheuse spécialiste de l’Iran.

D’après la Constitution, les pouvoirs du président iranien sont limités. « Il ne peut rien faire sans l’aval du guide. C’est la pierre angulaire du système et incarne l’ultra-souveraineté », précise Amélie M. Chelly. Pour autant, le scrutin du 19 mai n’est pas sans conséquence. Quoique tributaires de l’aval du guide, des différences de programme sont possibles. Elles sont déjà apparues pendant la campagne.

Elections Iran : La machine économique redémarre

Corollaire de la place de l’Iran dans le monde, l’économie y a joué un rôle déterminant. Sur le sujet, le principal argument de Hassan Rohani demeure son bilan, plutôt encourageant. « L’accord portant sur le nucléaire conclu sous son égide a réintégré l’Iran dans le circuit commercial international. Ça a contribué à relancer la machine économique », note Seltem Iyigün, économiste à la Coface en poste à Istanbul (Turquie).

La levée des sanctions a notamment permis le redémarrage de l’exploitation pétrolière. C’est la principale richesse du pays, qui détient la 4e réserve d’or noir dans le monde. En un an, la production est passée de 750 000 barils par jour à 3,6 millions de barils par jour. Une grande partie est exportée vers l’Asie.

La relance de la politique d’investissement

Une manne qui, malgré les prix bas du pétrole, a permis de remplir les caisses de l’État. Mais aussi de relancer la politique d’investissement. Résultat : « Alors qu’en 2015 le taux de croissance de l’Iran était de 0,4 %, il a bondi à 6,9 % en 2016. Il devrait se stabiliser autour de 4,5 % pour les deux années à venir. cela reste remarquable », souligne Seltem Iyigün.

Autre point à mettre à l’actif de Hassan Rohani : une forte baisse de l’inflation. Elle est passée de 40 % il y a quatre ans à environ 8 %. Ce qui profite aux ménages qui voient leur pouvoir d’achat conforté. Mais le tableau recèle encore des points noirs. Par exemple le niveau des investissements directs étrangers (IDE), encore très inférieurs à ce que le pouvoir escomptait.

Elections Iran : 13 % de la population est au chômage

Seize mois après l’accord du nucléaire, le ministère iranien de l’économie estime que ces IDE n’ont pas excédé les 10 milliards d’euros, alors qu’il faudrait au moins 45 milliards d’euros par an pour doper l’activité et résorber un chômage qui touche 13 % de la population générale et 30 % chez les jeunes.

« Un résultat décevant qui s’explique par le fait que les banques européennes, et particulièrement françaises, sont encore très réticentes à travailler avec l’Iran par peur d’un retour de sanction venant de l’administration Trump, explique Georges Sioufi, associé fondateur du cabinet SRDB qui vient d’ouvrir un bureau à Téhéran. Du coup, malgré l’énorme potentiel du pays, très peu d’affaires peuvent se conclure. »

Elections Iran : Une marche à rebours

Ebrahim Raissi ne manque d’ailleurs pas une occasion de dénoncer les résultats mitigés de son adversaire. Celui qui se présente comme le « candidat des pauvres » a fait de l’électorat populaire sa cible prioritaire. Il a promis un triplement de l’aide aux plus démunis et la création de millions d’emplois. Il prône le retour d’une « économie de résistance » axée sur la production et les investissements nationaux. C’est une marche à rebours de la politique d’ouverture prônée par Rohani.

Mohammad Amin est économiste associé à la Fondation d’études pour le Moyen-Orient (FEMO). Pour lui, ces différences ne sont qu’un écran de fumée. « La réalité iranienne est que 70 % de l’économie du pays est contrôlée directement ou indirectement par le guide suprême à travers une quinzaine de fondations tenues par l’armée, les pasdarans et les milices. Cette puissance n’est pas mise au service du développement. Elle est au service de la survie d’un régime qui ne tient que par la répression à l’intérieur et les guerres qu’il entretient dans la région. Une situation qui nourrit, selon lui, un mécontentement populaire grandissant. Et qui pourrait déboucher sur un soulèvement comme cela s’est produit pendant la réélection du conservateur Mahmoud ­Ahmadinejad, en 2009.

Elections Iran : Deux camps et deux favoris

56,4 millions d’électeurs (sur 79,9 millions d’habitants) sont appelés à voter vendredi 19 mai pour le scrutin présidentiel, couplé à des municipales et régionales. Si aucun des candidats n’obtient plus de 50 % des voix, un second tour est prévu le 26 mai.

Six candidats avaient été retenus par le Conseil des gardiens de la Constitution en avril. Depuis, le premier vice-président, Es-Hagh Jahanguiri, s’est retiré de la course. Il a appelé à voter pour le président sortant, Hassan Rohani, tout comme le réformateur Mostafa Hashemitaba.

Le maire conservateur de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, s’est lui aussi ­retiré et a apporté son soutien à l’autre favori, Ebrahim Raissi. Le conservateur et ancien ministre de la culture, Mostafa Mirsalim, a de son côté indiqué qu’il restait dans la course pour éviter la « polarisation ».

L’ayatollah Ali Khamenei, 77 ans, est le guide suprême depuis 1989. Il a été président de 1981 à 1989.

Antoine d’Abbundo et Marianne Meunier

Elections Iran – Parution :

Iranian Elections

La Croix du 19 mai 2017 – Elections Iran

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